As-tu déjà assisté à une dot, ce mariage traditionnel encore très présent en Afrique (et qui j’espère le restera) ? C’est un événement avec lequel j’ai grandi, j’en ai littéralement vu de toutes les couleurs, mais étrangement, je n’ai jamais réalisé son importance jusqu’à ce que ce soit mon tour.

La cérémonie de la dot varie non seulement selon les pays, mais à l’intérieur d’un même pays elle prend différentes formes selon les régions et les ethnies. Mon père est d’origine batéké et ma mère est vili. Chez les tékés, le “pouvoir” est matriarcal c’est à dire que la cérémonie de la dot doit  se dérouler selon les coutumes de l’ethnie de ma mère. C’est donc sous le drapeau vili que j’ai eu l’honneur d’être une TCHIKOUMBI.

Être une TCHIKOUMBI

Le terme Tchikoumbi désigne à la fois le nom donné à la fille qui va devenir femme, et tout le processus de cette transition de vie qui dure plusieurs semaines. Chez les vili, la jeune fille est enfermée pendant plusieurs semaines dans une maison où elle reçoit la visite de plusieurs femmes adultes et mariées qui lui transmettent tout le savoir nécessaire à la future vie de femme qu’elle va commencer. Durant cette période, la Tchikoumbi est entourée de ses bana nkama (d’autres jeunes filles) qui lui tiennent compagnie et font le contact avec le monde extérieur. A la fin de cette période de quarantaine, la tchikoumbi est lavée par ses bana nkama dans le fleuve, afin de séparer ses deux vies, ancienne et nouvelle.

Je ne te cache pas que l’idée d’être enfermée dans la maison familiale pendant les deux semaines que durait mon séjour au Congo n’était juste pas envisageable (encore moins d’aller pateauger dans un fleuve en pleine saison sèche). J’ai donc fait une version flash gordon (4 heures dans ma chambre, merci Netflix).

Sinon, comment réagirais-tu si on te disait 2 jours avant le jour J que tu devras exécuter une danse traditionnelle devant les 450 futurs invités? C’est à ce moment là que j’ai voulu me désolidariser de mon propre mariage (toi aussi si tu avais vu les roulades arrières, sauts périlleux, saltos et autres pirouettes de ladite chorégraphie). Ce qui m’a donné le courage de dire oui, c’est de voir la joie dans les yeux de ma famille à l’idée que je ne sois pas juste une “noire de France” mais une enfant du pays fière et respectueuse des traditions. Le jour j, c’est quand même au bord de la crise d’angoisse que j’ai fait plus que danser, car ce moment était beaucoup plus que cela, c’était moi, vivant le poids d’une culture que j’avais sous-estimée.

Les pas de danse avaient été simplifiés au maximum car en moins de 48 heures, il m’était impossible d’apprendre une chorégraphie de ce niveau.

J’ai adoré cette expérience qui est très différente du white wedding (prévu pour 2020) et je ne sais pas si ce dernier me procurera autant d’émotions que ce mariage traditionnel.

Mes accessoires lors de ma danse traditionnelle: bracelets en cuivre et d’autres en bois, mon sac en rafia et mon instrument de musique

As-tu déjà été Tchikoumbi? ou juste fait la dot? ou assisté? qu’en penses-tu? Dis-moi tout! c’est vraiment un sujet qui me passionne maintenant!

One thought on “La dot

  1. C’est en effet une tradition qui se doit de perdurer. Aujourd’hui beaucoup considèrent la dot comme des fiançailles alors que c’est notre mariage à proprement parlé.
    L’arrivée des religions et l’évolution des sociétés ont démocratisé le mariage civil et religieux au point d’écraser la source, la base de nos sociétés.
    Par ailleurs tu fais bien de parler de la préparation de la jeune tchikumbi car ce sont des process qui se sont perdus. Les jeunes femmes partent en mariage comme à l’aventure de nos jours c’est regrettable.

    A nous de conserver et valoriser cette pratique qui a une envergure spirituelle insoupçonnée!

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