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Quand tu découvres une nouvelle écrivaine, et que le premier livre que tu lis d’elle est une claque, c’est tellement jouissif ! J’ai découvert le nom de l’écrivaine mauricienne d’Ananda Devi en rédigeant l’article Afrique : 54 pays, 54 femmes. J’ai lu les 4e de couverture de ses livres, et celui-ci avec son côté dérangeant m’a tout de suite attirée, et je n’ai pas été déçue.


 » Ce que Kitty pensait de moi était secondaire. Kitty ne mérite pas qu’on s’y attarde. C’est une effacée de naissance. Si sa mère était une flamme, elle n’a jamais été elle qu’un pétard mouillé. Quand sa mère est morte, elle a pris sa place dans ma vie, mais plutôt comme un animal de compagnie. Ainsi, elle ne pouvait pas avoir trop d’exigences. Je n’avais pas besoin d’un autre fardeau. »


Résumé :

Le docteur Bissam est sur son lit d’agonie. Il mourra dans quelques jours. A son chevet, deux personnes : Kitty sa fille, et Malika sa petite-fille. Elles le supplient de ne pas partir en emmenant avec lui dans sa tombe les souvenirs de la mère de Kitty, morte très tôt. Kitty n’avait pas 5 ans, elle a peu de souvenirs. Son père est le seul à l’avoir connue, et à connaître les circonstances exactes de sa mort.

Tout le livre se passe en huis-clos dans la chambre du mourant, on est vite transporté et c’est étouffant. On sent les odeurs décrites, on respire l’air saturé, l’épisode des fourmis m’a fait regarder par terre pour vérifier qu’aucune colonie ne venait m’attaquer. Le Docteur Bissam est certes mourant, mais c’est un mourant qui a toute l’énergie nécessaire pour faire mal, pour blesser, pour tuer. Il fait preuve d’une violence sans nom envers les femmes de sa vie. Psychopathe, misogyne, manipulateur, homophobe, colérique, il a détruit 2 générations de femmes à travers sa femme et sa fille. Et il en est fier, car « c’était par amour ». Sa petite-fille Malika par contre, a su lui échapper.

Ce livre, c’est un règlement de compte magistralement bien pensé et bien écrit.


« Tu me pardonnes de quoi ? de t’avoir engendrée ? De t’avoir donné une chance d’être en vie alors que tu n’aurais jamais dû être là et que tu n’as servi strictement à rien, à  moins que de donner naissance à cette autre créature inutile ne te semble un accomplissement valable, je n’en sais rien c’est possible, il y a des gens qui se contentent de peu, mais là franchement, ce n’est même pas du peu, c’est du vide que tu te contentes, c’est de l’immense vide qu’il y a au milieu de cette fille qui usurpe l’air des autres. Moi si je n’avais fait que cela de ma vie je t’assure que je me serais suicidé depuis longtemps, mais bon, chacun fait comme il veut. »

Il est d’autant plus intéressant que c’est le bourreau qui raconte l’histoire, il la raconte si bien qu’à certains passages, j’éprouvais de l’empathie à son égard avant de me rendre compte que sa vision des choses était totalement fantasmée : Il raconte un événement, Des dizaines de pages plus loin, le même événement est raconté mais du point de vue de Kitty. Deux réalités complètement différentes pour un même épisode.

Dans cette logique, on se retrouve à la fin avec deux versions sur la mort de la mère de Kitty. Au vu de la personnalité du père, on se dit tout de suite que c’est à cause de lui. Mais en fermant le livre j’ai été prise d’un doute. Il a beau être un connard fini, pendant tout le livre, quand il ne parle pas à sa fille et à sa petite-fille, il se parle à lui-même. Quel intérêt aurait-il à se mentir à lui-même ? Encore plus alors qu’il est en pleine introspection et qu’il assume et raconte toutes les méchancetés qu’il a faites sans aucun état-d’âme ? Et si sa version de la mort de sa femme était vraiment ce qu’il s’était passé ? 

Le mieux c’est que tu le lises et qu’on en discute ! 👇🏿

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